lundi 23 avril 2018

Douceur de rose


Dans le cœur d'une rose, un ange s'est blotti et à l'aube, il a fait surgir un palais près d'un oued.
La princesse Ornella a doté toutes les pièces d'apparat de sofas brodés de fleurs puis elle a fait appel à un peintre renommé pour orner les murs blanchis à la chaux de grandes fresques pour célébrer tous les arts reconnus depuis l' Antiquité.
La palme a été accordée à la représentation d'une muse, diaphane et douce au sourire mystérieux.
Une pièce a été meublée pour l'usage d'un enfant.
Poupées, voitures de collection miniature, peluches et jeux de création étaient disposés artistiquement sur des fauteuils en rotin et des coffres d'ébène.
On l'attendait, le bel enfant, le petit prince ou la petite princesse, tout était en ordre.
Dans le jardin, une volière d'oiseaux exotiques apportait la beauté de ses chants harmonieux pour célébrer l' amour.
L'ange blond, niché dans le cœur d'une rose,s'est envolé et a tracé dans le ciel, l'empreinte folle des amours éternelles.

samedi 21 avril 2018

Les parures de la reine


La reine ôta ses bijoux et les rangea soigneusement dans sa cassette.
Le temps n'était plus à la parure mais à la méditation et elle entra dans le palais de sa mémoire.
Des princes y étaient venus pour lui présenter leur plus bel hommage mais pour la reine, seul comptait, à ses yeux, le souvenir de son roi.
Il lui avait envoyé un dernier adieu du bout des lèvres en maitrisant son destrier, pour partir, une dernière fois à une guerre qu'il estimait à la mesure de l'honneur royal et des blessures infligées aux opprimés.
On lui avait rapporté son cœur dans un coffret précieux et des larmes de nacre s'étaient écoulées de ses yeux dont l'éclat avait été chanté mais qui n'étaient plus, à ce jour, que la porte de brume donnant sur les champs de la mort.
Eurydice en son royaume, sans aucun Orphée pour tenter de la ramener à la vie, la reine avait vécu, brûlant les jours, les semaines et les mois jusqu'à ce qu'un chant de rossignol lui annonce que sa délivrance était proche.
La reine rangea sa cassette de bijoux, écrivit ses dernières volontés sur un parchemin azuré et attendit que le carrosse du voyage vers l'au-delà trouve les chevaux blancs qui l'y emporteraient.

mercredi 18 avril 2018

Le prince aux yeux d'émeraude


Mon prince aux yeux d'émeraude, aux mains caressantes, à la douceur de soie et à la voix de velours, je t'enferme dans la bulle mordorée de ma mémoire.
Je t'ai tant aimé que tu t'es incrusté insidieusement en moi et que je t'emporte où que j'aille et te confronte aux tours abolies de mes amours.
Montségur rayonne en mon cœur et j'arpente les dédales de ses ruelles sombres.
Rosemonde y règne en maîtresse absolue et décerne des lauriers aux servants du culte interdit.
Les hommes au cœur pur et leurs gentes dames se croisent en un quadrille à pas glissés, au son de la vielle et du luth oriental.
Mon prince aux yeux d'émeraude, tu ne disparaîtras pas de ce monde tant que je chanterai l'immortel cantique de l'amour courtois.

lundi 16 avril 2018

Magie bleue


Sous les grands arbres d'or, les dames d'atour dansent en interprétant une chorégraphie qui s'harmonise avec les improvisations d'un violoniste inspiré.
Et le soir finit par tomber, interrompant les danses et les mélodies et c'est alors que les rossignols se mirent à chanter, faisant pâmer d'amour toutes les dames d'atour, sauf une qui venait récemment de connaître le désespoir et les meurtrissures infligés par un bel infidèle.
C'est ainsi, soupira une mésange, les chants d'amour les plus sincères proviennent presque toujours des perles d'eau douce qui naissent dans les étangs pour qu'un gentil prince se donne la peine de les recueillir pour les offrir à sa dame d'amour.

dimanche 15 avril 2018

La fontaine des oubliés


Près de la fontaine de l'oubli, j'ai croisé un chevalier qui ne m'a pas regardée alors j'ai supplié la fée du houx de m'accorder une métamorphose et c'est ainsi que j'ai retrouvé jeunesse et beauté.
Je suis partie sur les chemin
s de ronde à la recherche du printemps éternel et j'ai vu des scènes dignes de Botticelli et des Filles du Feu du poète que j'ai tant aimé, Gérard de Nerval, chantre de la mélancolie et du désespoir olympien.
J'ai tressé une couronne de fleurs pour Aurélie et Sylvie et j'ai chanté un succès oublié de la grande Sylvie Vartan, Tout au fond des tiroirs, suivi de La Maritza.
Et alors Johnny est apparu, magnifique et sincère et il a embrassé tous ses enfants réconciliés.
Près de la fontaine des oubliés, j'ai retrouvé mes amours, ma jeunesse et la fée bleue de l'espoir.

samedi 14 avril 2018

Requiem pour un fils


Je ne suis qu'un fils oublié, un fils spolié et je pleure mon enfance reniée.
Les sirènes du Mississippi emportent ma peine et les anges de ma vie atténuent mon chagrin.
Dans le grand bleu de mon cœur, des tambours résonnent et me somment de marteler le sol au rythme de mes chansons qui deviendront immortelles et s'égrèneront en bord de Seine, le fleuve chéri par Apollinaire et Hemingway.
Demain, c'est promis, je reprendrai ma guitare, je chausserai mes bottes de sept lieues et je m'en irai par les chemins, une chanson aux lèvres, comme les troubadours.
Je ne suis qu'un fils, un fils rebelle qui se meurt de n'avoir pas été aimé.

jeudi 12 avril 2018

Le bal des fauvettes


C'est au son des violons que le prince Muguet enlaça la princesse Myosotis et de cette union, naquit le prince Printemps.
C'était un bel enfant rieur, aux jolies boucles et aux joues roses.Il aimait courir dans les champs et rapportait à sa mère de magnifiques bouquets de fleurs diverses dont il jonchait sa chambre d'enfant pour mieux les peindre ou composer une ode à leur beauté.
Le temps passa à une allure vertigineuse, la princesse mourut, laissant un orphelin inconsolable.
Sa douleur fut incommensurable lorsque son père décida de se remarier. Une certaine Violette qui appartenait à la société campagnarde mais dont la beauté pouvait l'élever au rang de princesse fut l'heureuse élue.
Pour ne pas voir le déroulement des noces, le prince Printemps s'en fut dans un pays lointain et à dater de ce jour, les fleurs de myosotis se firent rares et l'on pleura les noces merveilleuses au son des violons et nombre de musiciens composèrent des madrigaux et des sonates qui firent rêver les jeunes filles du royaume, naïves et certaines de se voir aimer jusqu'à leur dernier souffle.

vendredi 6 avril 2018

De Chopin à Tardieu, un héros stendhalien



"De mémoire de rose, on n'a jamais vu mourir de jardinier" : Voici un adage qui pourrait être celui qui le motive, songeait la dame de cœur en suivant le vol de l'oiseau bleu et cette rêverie la ramena à l'époque où cet ovni, mi-adolescent, presque un enfant, mi-vieux sage de la montagne, avait fait irruption dans son cours de théâtre, bouleversant sa vie sentimentale après avoir métamorphosé sa vision de la geste théâtrale.
" A l'aube ! oui, à l'aube, nous partirons ! Avant que l'on sache ! ...Nous roulerons sans bruit !...Au premier soleil, nous y serons...
....
Comme des graines plantées, nous sommes comme des graines ...comme des graines ! ...attendant le réveil !..."
Ces bribes de La Comédie du langage de Jean Tardieu résonnaient en elle, trouvant une seconde naissance, s'imprimant dans le quinquennat qu'elle suivait, en fidèle épouse à ses côtés.
Une passion stendhalienne s'était emparée d'elle, à la vue de cet enfant qui portait en lui les forces vives de l' Histoire.
Tour à tour révolutionnaire et martial comme le fondateur de la V ème République, profond, poète et fin politique comme son successeur et parfois aussi, primesautier et amoureux des arts comme aucun président ne le fut, il était à nul autre pareil.
On avait taxé l'un de ses prédécesseurs de Florentin et d'adepte de Machiavel mais l'on trouva dans les carnets de la femme qu'il aimait, des petits mots arrachés à la tourbe des jours, si désuets et passionnés que l'on demeurait pantois.
Rien de tel chez l'être qu'elle aimait.
Il n'avait rien de commun avec les rappeurs et les slameurs du temps, rien non plus avec Baudelaire ou Rimbaud qu'il aimait jusqu'à pouvoir les citer à l'improviste, non, il était lui même, un être complexe comme se plaisaient à le dire ses soutiens afin de repousser les chroniqueurs qui n'étaient pas à son niveau.
Sentant le poids de sa responsabilité maritale, la dame des lieux éprouva le besoin d'écouter un nocturne de Chopin mais elle songea que ces notes passionnées, empreintes de mélancolie ne seraient pas en adéquation avec l'atmosphère feutrée et philosophique des lieux et elle préféra se concentrer sur l'évocation des mains fines de son mari, courant sur les touches du clavier comme à l'époque où il rêvait peut-être d'une carrière de virtuose.

lundi 2 avril 2018

La princesse aux yeux de faïence


La princesse aux yeux de faïence
Il était une fois une princesse aux yeux de faïence bleue, un Vermeer vivant, avec un turban turquoise pour maintenir ses cheveux d'or et une perle à l'oreille, longue, nacrée où l'on voyait le monde.
Elle vivait dans un domaine boisé et elle aimait s'y promener pour donner des plantes fraiches aux biches qui se laissaient apprivoiser. Elle recueillit un jeune faon, blessé par les chasseurs et refusa farouchement de leur livrer cette proie promue à la dague et à l'art que pratiquait Tristan avant de tomber éperdument amoureux d' Yseult aux cheveux d'or.
La princesse se nommait Aurore et elle honorait ce prénom en accomplissant des promenades matinales, accompagnée désormais par son faon.
C'est au cours d'une randonnée dans les bois qu'elle se trouva en présence d'un prince qui cueillait de jolies fleurs, jacinthes sauvages si parfumées et jonquilles belles comme le soleil.
Ils échangèrent peu de mots mais tout de suite, ils surent qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et ils revinrent au château de la belle Aurore en se tenant la main.
Le prince André avoua à sa promise qu'il l'avait prise pour une fée tant sa beauté était hors du commun. Rose de plaisir, Aurore s'abandonna à son bien aimé et ils vécurent ainsi de nombreuses années sous le regard attendri du faon qui s'était métamorphosé en un magnifique cerf.
Il ne voulut pas renouveler une expérience malheureuse avec les chasseurs et vécut au domaine, toute sa vie durant.

dimanche 18 mars 2018

Ode à la déesse Flore

Belle parmi les belles, la déesse du Printemps pare ses longs cheveux d’une couronne de fleurs d’aubépines et d’églantines, de primevères et de jonquilles et s’en va sur les chemins, soucieuse d’annoncer aux habitants des villages la fin des frimas.
Dans ses voiles de brume auréolée d’un rose pâle et d’un gris bleuté, la jeune beauté progresse à petits pas, faisant tinter les grelots d’or de ses bracelets de chevilles, accompagnée par le chant des oiseaux qui forment une noria où cascadent les notes triomphales d’une symphonie nouvelle, pastorale et urbaine, la cadence des usines se fondant en percussions haletantes, comme dans les chansons rythmées de Bernard Lavilliers. Fasciné par tant de beauté, le chanteur offre sa légendaire boucle d’oreille à la déesse qui la multiplie à l’infini pour apporter du rêve aux promeneurs de l’aube qui la croisent avec émotion, dévotion et amour.
Vêtue à présent d’une robe volière Belle du Seigneur, la déesse emprunte sa générosité à la Reine de Saba et dispense çà et là des louis d’or, déclarant par hérauts interposés, une chasse enfantine semblable à la recherche des œufs de Pâques en chocolat proposée aux bambins pour leur rendre tangible l’envol mythique des cloches vers Rome, la ville éternelle, digne relais de Jérusalem.
Au terme de sa course, la déesse se retire en son palais de verdure, niché sur un îlot protégé par les cygnes.
Elle se débarrasse de tous ses attributs et plonge dans l’eau pure d’une cascade épargnée par la main de l’homme.
Escortée par les loutres et les castors, elle se livre aux joies de la nage papillon puis rentre enfin dans son foyer, grignote quelques biscuits secs et des baies, s’allonge sur un matelas de plumes d’oies et s’endort dans un bruissement d’ailes.

Quand reviennent les roses Acte IV Rideau


Décor : le banc des origines
Sophie

- Cher public, chers amis, nous allons nous quitter. J’espère que nous vous avons fait passer un agréable moment. Pour les adieux, j’ai choisi le banc qui fut à l’origine de notre belle aventure.
Si vous avez aimé notre rencontre, je vous invite à nous imiter. Allez dans les parcs, installez-vous sur un banc et attendez qu’une âme en peine sollicite votre regard. Les bancs publics ont besoin d’un éclairage nouveau car ils ont un peu trop souvent à mon goût été le fief des voyous.
A peine une jeune fille s’y était-elle installée, désireuse d’admirer la beauté d’un feuillage ou de se livrer à la méditation, qu’un homme, couleur de muraille, se glissait à ses côtés.
Se rapprochant peu à peu, il finissait par déployer tout son art de prédateur, devenant de plus en plus proche voire oppressant pour se révéler tactile et dominateur à l’extrême.
La pauvre jeune fille, après avoir repoussé les attaques, réalisant que ses rêves d’idéal avaient pris fin, n’avait d’autre salut que la fuite.
Il nous faut lutter contre ces comportements indignes. Est-ce à dire, si une femme s’assoit  sur un banc,  qu’elle n’est pas capable d’autre chose que de se laisser tripoter par le premier malotru venu ?
Doit-elle se cacher dans sa demeure ? Ne peut-elle pas jouir, comme les hommes, d’un espace de liberté ?
Devra-t-elle toujours avoir besoin d’une tutelle masculine pour se déplacer ?
Mais tout cela, vous devez le savoir, aussi bien que moi, c’est pourquoi je n’insisterai pas davantage.
Je préfère vous distribuer des roses et vous rappeler le titre de notre pièce : Quand reviennent les roses.
Oui, il faut que les roses renaissent sur les ruines de toutes ces zones sombres où les contes de fées, si nécessaires au développement des enfants, n’ont pas droit de cité.
Prenez le relais, mes amis et proclamez en chantant s’il le faut, même en rap, que le temps des âmes noires ne doit plus régner en maître.
Quand reviendront les roses éternelles de l’amour, courtois et noble, notre tâche sera achevée.
Mais d’ici là, chers amis, partez avec un livre à la main et attendez, sur un banc, qu’une personne vous interpelle avec calme et loyauté pour engager une conversation qui vous liera d’amitié.
Faisons renaître une carte du Tendre rénovée et au goût de notre temps !
Rêvons, en un mot, rêvons car le rêve est créateur et sans lui, rien de noble et beau ne se construit !
Rêvons !
Et tandis que le rideau tombe, peu à peu, Sophie continue à lancer des roses dans le public, jusqu’à ce que les applaudissements retentissent dans un parfum de roses.


Quand reviennent les roses Acte III Scène V


Décor : le salon du 8 rue des Lilas
Kévin
Prenez place, mes amis ! Il faudra vous habituer à ce que je sois votre hôte. Jacqueline a eu envie de parcourir le monde et elle s’est embarquée ce matin pour le Maroc, en compagnie d’André qui lui servira de mentor : il a voyagé grâce aux livres et aux lois. Il lui sera d’un précieux secours.
Jacqueline vous salue tous et elle a une pensée particulière pour Nour qui l’a enchantée avec son charme, sa modestie et son talent de cuisinière orientale.
Elle tient beaucoup à saluer Sophie car c’est grâce à elle que le chaîne d’amitié s’est nouée.
Mais assez de préambules ! Jacqueline m’ayant donné carte blanche, j’ai, bien sûr, conservé son personnel mais j’ai recruté un couple marocain qui se fera un plaisir de préparer et servir le thé à la menthe et ses merveilleuses pâtisseries assorties.
Ainsi Nour n’aura-t-elle plus à s’éclipser à la cuisine.
Prenez place, les amis !
Sophie
Pour une surprise, c’est une surprise ! J’en reste sans voix.
Marguerite-Marie
Voilà un beau sujet de conte !
Kévin
Elle ne vous a pas oubliée, chère conteuse et elle m’a promis d’envoyer à chaque escale un récit nourri de ses rencontres. Elle aura des anecdotes à nous conter et je crois qu’André mettra lui aussi la main à la plume pour que nous partagions le bonheur du jour.
Sadia se présente, elle sert le thé avec un art consommé.
Nour
Merci, chère amie ! Vous maîtrisez avec maestria ce subtil domaine légué par nos ancêtres.
Marguerite-Marie
Un parfum de conte oriental chatouille mes narines et il me tarde de le transcrire après cette rencontre.
Comptez sur moi demain pour vous en faire la lecture !
Kévin
Vous en serez remerciée comme il se doit.
A présent, je vous invite à entendre un petit concert andalou que des amis musiciens vont vous interpréter afin de rester dans l’ambiance d’un orient secret qui parle avec tant d’émoi à nos âmes.
Armand
C’est une délicate attention et je vous en remercie chaleureusement.
Après le concert, les amis se séparent en se donnant rendez-vous au lendemain.

samedi 17 mars 2018

Quand reviennent les roses Acte III Scène IV


Décor : le salon de Jacqueline
Kévin
Chère Jacqueline, vous qui êtes une seconde mère pour moi, je vous invite à écouter une romance que m’a inspiré l’aventure de Bruno. Naturellement, nous n’en parlerons pas pour ne pas raviver les blessures de ce couple meurtri avant même d’être uni.
Jacqueline
Entièrement de votre avis pour le secret nécessaire. Que est le titre de la romance ?
Kévin
Psyché
Il se met au piano et interprète le texte qu’il a écrit la veille en suivant un arrangement mélodieux.

Psyché
Le tulle brodé du voile s'étira pour devenir une rivière qui emporta la mariée dans un pays étrange alors qu'elle contemplait son reflet dans la psyché du salon.
Nouvelle Alice, elle plongea outre-miroir et découvrit les facettes inconnues de la rue qu'elle croyait si bien connaître, celle qui la conduisait vers la demeure de son futur époux, Sylvain au sourire charmant et aux gestes caressants.
Alors qu'elle croyait tout savoir le concernant, elle le vit sous un autre jour, moins souriant et moins aimant.
Il était assis à sa table de travail et composait des chansons mélancoliques.
C'était un autre Sylvain, secret et énigmatique et la belle Camélia, pour la première fois, craignit de s'être trompé et elle se laissa glisser sur le tapis persan qui était au pied de la psyché.
Qui viendrait la sauver ? Un beau chevalier, son prince charmant ou un inconnu?
Et c'est la modiste qui venait lui livrer une capeline ornée de roses, destinée à sublimer son tailleur de garden-party qui la découvrit, inanimée, un sourire énigmatique au bord des lèvres.
Que l'embarquement pour Cythère soit immédiat : l'amour n'attend pas !

Jacqueline
Bravo ! C’est vraiment un texte émouvant et sans doute proche de la réalité. Sophie ne manquerait pas de dire qu’il y a toujours un soupçon de réel dans le plus fabuleux des contes de fées.
D’ailleurs, cette remarque me facilite la meilleure des transitions. J’ai décidé, cher Kévin, de faire de toi mon légataire universel. Tu pourras user de ma fortune à ta guise. Je te demanderai simplement de garder le personnel de la maison. Libre à toi d’en employer d’autres !
Je te suggère de faire construire un théâtre où pourront alterner pièces d’auteurs classiques, nouveaux auteurs et récitals.
Tu pourrais lui donner le nom de ta mère : cela l’incitera peut-être à revenir.
Ne me remercie pas. Il est naturel que l’on passe la main à mon âge.
Kévin
Soyez bénie et avec vous, les bonnes fées qui m’ont permis de vous rencontrer.
Mais que ferez-vous, chère amie ?
Jacqueline
J’ai décidé de faire le tour du monde. André acceptera peut-être de me suivre. Il est resté si longtemps enfermé au Sénat qu’il doit avoir une vision tronquée du monde. Ce voyage le changera de l’étude de toutes ces paperasses qu’il a consultées.
Nous commencerons par le pays de Nour car tu as sans doute noté qu’il est très gourmand.
Ensuite, nous irons au gré de notre fantaisie.
La Chine méritera un examen approfondi.
Tant de villes nous attendent que j’en ai le cœur qui palpite.
Kévin
Je suis heureux de ce merveilleux plan et nous attendrons le récit concis de vos aventures à chaque halte car je maintiendrai, bien entendu, le rituel des visites quotidiennes à l’heure du thé.
Jacqueline
Dans mes bras, mon fils ! Et pas un mot aux amis : ils en auront la surprise.